L’Association Ilm Nor œuvre pour le développement culturel et social à travers des actions solidaires au service de la communauté.
Dans le cadre du projet
« Les médias, levier d’une nouvelle génération de participation politique des femmes », mis en œuvre par l’Association Al-Ilm Nour pour le développement culturel et social en partenariat avec l’organisation Oxfam, une table ronde a été organisée le vendredi 20 juin 2025 au siège de la Chambre de l’Artisanat de Meknès, en partenariat avec l’Union Nationale de la Jeunesse Marocaine.
Cette rencontre a porté sur l’analyse des lois organiques n°111.14, 112.14 et 113.14 relatives aux collectivités territoriales, et leur impact sur la représentation politique des femmes au sein des conseils élus.

Déroulement et encadrement
La table ronde a été animée par M. Youssef Souhi en tant que modérateur, avec les interventions de M. Abdelmajid Ennassiri et M. El Houssine Meshhat, qui ont mis en lumière les nouveautés de ces lois, les défis liés à leur mise en œuvre, ainsi que les contraintes freinant une représentation politique réelle et équitable des femmes dans les instances élues.
La rencontre a connu une participation large et qualitative de femmes et d’hommes issus des milieux politique, médiatique et associatif, ainsi qu’une présence remarquable de personnes en situation de handicap.
Dans une optique d’inclusion et de participation effective, la langue des signes a été adoptée afin de garantir l’accessibilité et l’implication de l’ensemble des participant·e·s.

Clôture et conclusions
La rencontre s’est achevée par la présentation et la lecture d’un document de synthèse, regroupant les principales observations et recommandations relatives aux lois organiques étudiées.
Cette table ronde n’a pas constitué un simple espace de débat, mais une étape concrète dans un processus de plaidoyer collectif en faveur de textes juridiques plus justes et plus équitables en matière de représentation politique des femmes au niveau local.

Principales observations issues de la table ronde
I. Les points positifs
Consécration du principe de parité dans la Constitution (article 19)
La Constitution marocaine de 2011 consacre explicitement le principe de parité entre les femmes et les hommes, constituant ainsi une référence juridique fondamentale pour le renforcement de la participation politique des femmes, y compris au sein des collectivités territoriales.Adoption de mécanismes de discrimination positive (quota)
La réservation de sièges au profit des femmes dans les conseils communaux, régionaux et provinciaux a contribué à renforcer leur présence, notamment grâce aux listes additionnelles féminines, en particulier dans les communes rurales.Amélioration progressive de la représentation féminine
Grâce aux réformes électorales, le taux de représentation des femmes est passé d’environ 0,5 % en 1997 à plus de 21 % lors des élections communales de 2021.

II. Les limites et insuffisances
Accès limité aux postes de décision
Malgré l’augmentation numérique, les femmes accèdent rarement aux postes de présidence, de vice-présidence ou à la présidence des commissions permanentes, en raison notamment de la persistance d’une culture patriarcale au sein des partis et des conseils élus.Vision restrictive du quota
Le quota, conçu comme un mécanisme transitoire, est souvent perçu comme un plafond plutôt qu’un levier, sans efforts suffisants de formation et d’accompagnement des femmes élues.Insuffisances des lois organiques
Les lois organiques 111.14, 112.14 et 113.14 ne prévoient pas explicitement la garantie d’une représentation féminine au sein des bureaux des conseils ou à la tête des commissions, ni des incitations claires pour la candidature des femmes dans les circonscriptions ordinaires.Contraintes socioculturelles persistantes
Les stéréotypes liés au rôle des femmes dans l’espace public, ainsi que la faible participation politique des femmes en milieu rural, demeurent des obstacles majeurs.Faiblesse de la formation et de l’accompagnement
De nombreuses femmes élues ne bénéficient pas d’une formation suffisante en matière de gouvernance locale et de législation, en l’absence d’un soutien institutionnel adéquat.

III. Recommandations proposées
Réviser les lois organiques afin de garantir la représentation des femmes au sein des bureaux des conseils et à la présidence des commissions.
Augmenter progressivement le quota féminin, notamment dans les communes rurales.
Conditionner le financement public des partis politiques au taux de candidature des femmes sur les listes ordinaires.
Mettre en place des programmes de formation et d’accompagnement des femmes élues avant et durant leur mandat.
Soutenir les associations féminines et renforcer leur rôle dans la formation et le plaidoyer pour la représentation politique.
Œuvrer au changement des mentalités à travers des campagnes de sensibilisation continues sur le rôle des femmes dans le développement local.